vendredi 5 avril 2013

ROSE - Tatiana de Rosnay


Présentation de l'éditeur ( le livre de poche) - Histoires de vie

Paris sous le Second Empire. Les ambitieux travaux d'Haussmann détruisent des quartiers entiers, générant des milliers d'expropriations douloureuses. Loin du tumulte, Rose Bazelet mène une vie paisible, au rythme de sa lecture du Petit Journal et de ses promenades au Luxembourg. Jusqu'au jour où elle reçoit la fatidique lettre du préfet : sa maison, située sur le tracé du boulevard Saint-Germain, doit être démolie. Liée par une promesse faite à son mari, elle ne peut se résoudre à partir. Contre le baron, contre l'empereur, Rose va se battre pour sauver la demeure familiale qui renferme un secret jalousement gardé…

J'ai retrouvé avec un plaisir non dissimulé cette auteure assez incroyable dans ces changements de thèmes, d'époque et de genre. Elle a su me donner le frisson avec "Le voisin" et ici, elle me donne de l'émotion grâce à une très belle sensibilité et beaucoup de délicatesse dans son histoire. 

Elle adapte ces thèmes de prédilection à son sujet, tout comme son écriture, qui prend ici une tournure un peu ancienne, et parfaitement adaptée à l'époque et à l'histoire. Elle s'essaie au style épistolaire entremêlé d'une sorte de journal intime où elle nous raconte sa vie. Et nous sommes plongés directement dans la grande histoire qui rejoint et embellit la petite, la sienne… 

Nous sommes à l'époque où le Baron Haussman remodèle certains quartiers de Paris, et le rythme des expropriations commencent… Rose Bazelet, vieille femme et veuve, vit ses dernières jours paisiblement dans sa maison familiale de la rue Childebert, près de l'église de St germain des près. Sa demeure n'échappe pas au tracé du baron éventreur, elle devra elle aussi quitter le quartier… Mais ça, elle ne peut s'y résoudre : en mémoire de son histoire, de sa vie avec son mari, et d'un grand secret qui la hante, elle ne peut quitter l'endroit qui a vu défiler sa vie… et comme un testament, une dernière confession, elle va relater tout ce qui la rattache à ce quartier, et faire revivre sous sa plume, une dernière fois, le temps magique ou les petits commerçants rendaient la vie agréable, et ou sa vie, avec son mari, était synonyme de bonheur… Elle témoigne aussi du traumatisme vivant de la destruction de ces petites rues souvent sordides, mais pleine de vie. L'héroïne me fait penser à ces personnes âgées qui s'attachent à leur passé et qui ne peuvent quitter leur chez-soi sans se sentir complètement déracinée. Rose, au fond le sait bien, c'est un combat inégal qu'elle ne gagnera pas même si elle se bat jusqu'au bout… 

Les rues bruyantes et sombres, les demeures anciennes, je les ai parcouru souvent et les ai admiré, et repenser à ces endroits oubliés me rendent à moi aussi la nostalgie d'un ancien Paris. Rose m'a ému dans ces descriptions, elle insuffle à ces lettres la même émotion, une douce nostalgie. 

Cette destruction vécut de l'intérieur donne une autre vision de cette époque, et si aujourd'hui, les grands boulevards sont des artères magnifiques de la capitale, on ne pense pas à toutes les conséquences qu' a eu ce remaniement. 
Les références historiques sont légères et n'empiètent pas sur l'histoire de Rose, elles nous donnent des repères pour nous guider à travers la grande Histoire. C'est bien dosé à mon goût.

Les sentiments sont au coeur même de ce roman, car le point central est cette magnifique histoire d'amour entre Rose et son mari. Dans ces lettres, elle rend hommage à son amour pour lui et lui témoigne de façon courageuse, son désir de sauvegarder leur "nid douillet". Entourée de ses proches amis, et grâce à la lecture qu'elle découvre tardivement, elle s'est résignée à terminer sa vie dans cette maison, et même si c'est sans lui, elle tiendra bon… Le secret qu'elle garde, est finalement relayé au second plan, et il n'a pas eu sur moi l'effet escompté, j'ai été surprise, mais son amour et son combat ont été "plus" fort dans l'histoire, ils ont masqué la douleur et l'horreur de ce qui s'était passé…. (je reste sobre sur les explications car je ne veux risquer aucune fuite)… 

Rose est, sans le savoir, rayonnante, attendrissante, et sa force de caractère m'a charmé à sa façon, tout comme le furent, la fleuriste ou le chiffonnier…Des seconds rôles très importants qui transcendent le lecteur d'émotion sur les dernières pages. 

Une histoire bouleversante qui par son lot de confidences nous rend très proche de cette vieille et charmante dame enracinée dans sa vie, dans son logis… Poignant ! Rose insuffle à ces lettres, la nostalgie du temps perdu. Charmée, une nouvelle fois par ce récit original, je lirai sans doute encore et encore Mme de Rosnay. 


Cette lecture a été faite également dans le cadre du challenge de June 
dont cette auteure est à l'honneur en ce mois d'avril.

4 commentaires:

  1. Bon je ne devrais peut-être pas commencé par te dire que j'ai été déçue par Le Voisin hein? Cependant, ce livre-là semble être tout différent et t'entendre comme ça le louer me transmet l'envie de donner une nouvelle chance à l'auteure.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que j'ai bien aimé le voisin, un thriller très soft, mais assez pour être crédible ! j'avais bien aimé le ton de l'héroïne, on pouvait tout a fait s'identifier à cette femme. Ici rien à voir, tu peux donc tenter le coup C'era !Merci de ton passage !

      Supprimer
  2. Ce fut une de mes plus jolies lectures de 2012. Il se dégage beaucoup de charme de cette histoire et c'est vrai que l'histoire de Rose et son mari est très belle tout comme est émouvante l'évocation d'un Paris qui n'existe plus.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Contente de partager ce plaisir avec toi ! Aimant beaucoup la fantasy et le thriller, je m'octroie des pauses tendresse de ce genre, et je savoure ces petits moments de délicatesse avec bonheur ! Merci de ton passage Frankie

      Supprimer

Merci de vos commentaires ...