mardi 28 mai 2013

Du domaine des murmures - Carole Martinez

Présentation de l'éditeur (folio) - Roman historique, histoire de vies

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire "oui" : elle veut faire respecter son voeu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.

Quel étrange roman ! un peu difficile à cataloguer, un genre de conte moyenâgeux ou l'histoire se prête à une rêverie. Une sorte de conte moralisateur mais emprunt d'une grande poésie...

Esclarmonde refuse la main de Lothaire, un mari "assigné d'office" et préfère embrasser une vie de recluse, plutôt que de céder au bon vouloir de son père et des convenances, elle se fait emmurée dans une cavité, attenante à la chapelle familiale, pour le restant de ces jours...

J'ai vécu assez bizarrement la réclusion d'Esclarmonde, elle semble être animée par une foi qui l'aide à échapper à son quotidien, plutôt qu' à une conviction vraiment profonde.
"...comment échapper à cette destinée sinon avec l'aide du Christ..."
Et en ce sens, son choix ne pouvait être complètement assumé, elle ne sait pas vraiment à qui confier son âme, elle veut échapper au malheur terrestre et pense que son attachement à Dieu va pouvoir l'aider...Mais quand un événement majeur arrive, elle est déstabilisée et son engouement pour la foi ne résistera pas, on peut tout renier pour un amour plus fort que la foi, elle était trop fragile et son revirement n'est pas une surprise... Mais il n'est pas possible de faire marche arrière, trop de choses sont en jeu ! et surtout la notoriété de la religion ...

Esclarmonde semble vivre dans un rêve et on retrouve dans le récit quelques éléments merveilleux avec la vision du cheval blanc ou de cette géante aux allures de Vouivre, un bestiaire moyenâgeux très agréable.
Cette sensation de rêve nous permet de rentrer dans le récit avec légéreté au début, une poésie ou l'auteur maîtrise ses mots et nous insuffle des images apaisantes et sereines... Puis, peu à peu, elle nous offre les délires d'une jeune fille qui, bien qu'emmurée, voit beaucoup de monde. Elle finit par régir ceux qui l'entourent d'un main de fer, son père, ses amis, la collectivité, Elzear, lothaire... Un renoncement au monde jamais total car elle ne sera plus jamais plus seule face à sa foi...
Son enfermement nous donne alors accès à son cheminement mental et nous révèle la fragilité de la jeune fille. Ses doutes finissent par l'étouffer, la rendent plus forte pour les autres, mais elle, dans tout ça ... L'histoire devient alors moins rigide en nous emmenant au delà de sa prison, sous le soleil des pays en croisade et jusqu'à la fin de son calvaire ...

Cette lecture nous donne des jalons historiques sur la condition de la femme à cette époque, on y évoque également les croisades, une époque assez mystique où les recluses ont finalement beaucoup de poids dans cette société, icônes du peuple, elles sont adulées et ne laissent pas indifférent.

Un récit bien maîtrisé et bien dosé, car un développement plus long sur la remise en question d' Esclarmonde et de sa foi aurait pu finir par me lasser, il y a juste ce qu'il faut ! Une écriture si lumineuse que j'ai eu parfois un peu de mal à me croire au Moyen-âge. On ne ressent pas pas du tout les affres du "médieval lugubre et sombre", juste peut-être dans les esprits torturés du petit peuple qui ne sait pas toujours comment aborder les problèmes de religion ! L'ignorance conduit souvent à la bêtise.

Enchantée que des lycéens mettent à l'honneur un livre à l'écriture aussi créatrice et poétique, et au sujet peu commun. Une belle fable moyenageuse d'une grande finesse littéraire. Sans être retournée, j'ai aimé ce récit, et ayant le coeur décousu dans ma pile de livres à lire, je suis déjà intriguée et prête pour cette future lecture de Carole Martinez.

9 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé "Du domaine des murmures" mais j'ai préféré "Le coeur cousu" qui est encore plus étrange.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je vais le lire dans peu de temps ! Elle a beaucoup d'imagination et de poésie dans les idées ! Merci de ton avis et de ta visite !

      Supprimer
  2. J'en garde un excellent souvenir... Notamment le style limpide, poétique.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est ce qui marque le plus en effet ! J'ai hâte d'en lire un autre d'elle et savoir si ce style perdure ! car c'est reposant !

      Supprimer
  3. Pour avoir beaucoup lu sur le Moyen-Age, les mille ans de sa durée ne sont pas "lugubre et sombre". C'est juste l'image que nous en ont donnés les "historiens" et artistes du XIXe.
    J'aime beaucoup ton billet mais qu'entends-tu par "moralisateur". C'est justement une des choses que je ne lui ai pas trouvé (point positif pour moi vu le sujet).
    Bon il va falloir que je me décide à aussi écrire sur ce livre ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis d'accord avec toi, le Moyen âge n'est pas aussi noir qu'on a voulu le dire, et tu as sans doute lu " Pour en finir avec le Moyen-âge" de Régine Pernoud qui nous permet de bien de faire la part des choses sur les idées reçues et souvent fausses que nous avons de cette période … Néanmoins, en ce qui concerne les mentalités, la vie quotidienne des paysans, et surtout la main mise de l'église sur toutes les valeurs morales, il y a beaucoup d'ombre et de noirceur, c'était quand même pas "rose rose" tous les jours … Je ressens une moralité à l'histoire, c'est souvent le propre d'un conte ou d'une fable … ici ce pourrait être que les valeurs de la vie et du coeur sont plus fortes que la raison, qu'il faut aussi savoir se remettre en question, sans se laisser dévorer par l'orgueil, et ne pas hésiter à faire demi tour sur ses décisions … Merci de ton avis My, j'irai lire le tien avec intérêt.

      Supprimer
  4. J'ai beaucoup apprécié ce roman, et je suis heureuse que tu aies apprécié aussi :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'est très particulier mais de temps en temps c'est reposant et l'écriture est vraiment très soignée !

      Supprimer
  5. Bonjour, j'ai préféré Le coeur cousu mais Du domaine des murmures bénéficie de la même qualité d'écriture, c'est du grand art. http://dasola.canalblog.com/archives/2011/09/21/22043167.html Bonne journée.

    RépondreSupprimer

Merci de vos commentaires ...