mardi 12 mai 2015

Que ta volonté soit faite - Maxime Chattam

Présentation de l'auteur ( Albin Michel) Thriller

Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis... S"il n'y avait Jon Petersen. Il est ce que l'humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin. Et là... sans doute réveillera-t-il l'envie de tuer qui sommeille en vous.


Waow ! encore une claque tout au long de ces lignes, et ces dernières pages qui vous assènent le coup de grâce … Mais celui-ci,  je ne l'ai pas vu venir car la conception du roman est assez différente de ces autres oeuvres. J'ai eu un peu de mal à reconnaître son style d'ailleurs, plus dans la psychologie que dans les événements s'enchainant tambour battant, une autre perspective qui m'a vraiment fait penser à du "Stephen King", il a su comme lui, dépouillé un personnage de ces défauts, de ces haines et rancoeurs et nous le présenter comme un être simple, a qui on pourrait donner "le bon dieu sans confession" et qui pourtant cache tant de misère, ce Jon Petersen nous fait vibrer de vengeance et de haine parfois à notre insu … Ahhh ! On lui tordrait bien le coup à cet odieux personnage, et l'auteur nous fait ressentir une culpabilité bien maitrisée juqu'au bout !

Il faut dire que la vie quotidienne dans ce petit bourg caricaturé de personnages surprenants, retient tout de suite l'attention, on découvre une Amérique ancrée dans le passé, loin de la modernité, ce village semble être le dernier retranchement de communautés divisées par la religion, les destins de certaines vies vont basculer et c'est avec horreur que l'on découvre les bassesses de l'âme humaine acculée à la violence pour satisfaire ses caprices. 
Elevé par une famille dure et renfrognée, Jon Petersen a tout pour devenir le bouc émissaire du village, mais sa passivité va cacher peu à peu un malaise qui le rendra violent et fort, alimenté par la malédiction de sa naissance. Avec ce personnage, là encore M. Chattam nous dévoile une facette du mal, concept ou il excelle, ne cessant de trouver des applications et des démonstrations à l'accomplissement de la folie chez l'homme… Le livre nous apprend avec bonheur que ce mal n'est pas héréditaire car la descendance de Jon, Riley, semble être un garçon assez normal évoluant avec le poids de son passé, mais sans violence apparente... Le livre nous apprend également que le Mal a plusieurs formes, et Peterson n'est pas le seul à cacher des actes horribles, l'ingéniosité de Chattam contribue à nous perdre dans les chemins de l'horreur et nous passons de supplice en supplice, changeant d'acteurs et de frissons !

J'ai aimé sa plume encore une fois loquace, précise et simple, elle nous fait bondir d'indignation et nous mouille les yeux parfois, car pour contrebalancer le mal en la personne de Jon, l'auteur nous met en face le bon coeur du shérif Jarvis qui montre sa part d'humanité, la plus belle sans doute, dans ce roman, celle qui nous aimons, qui n'agit pas toujours, mais qui finit par vaincre la noirceur des ténèbres et nous prend aux tripes … 

La religion a une place très importante dans ce récit, comme je le disais plus faut, la sobriété et la vétusté des âmes du coin redonnent vie aux traditions anciennes, la religion divise les gens et fait régner la terreur, quel paradoxe ! Heureusement, les gardiens des deux églises montrent plus de compassion pour leurs ouailles que celles-ci entre elles ... Accentuant le tout, les secrets familiaux dorment et renaissent créant l'enlisement de certains, les familles riches écrasent les pauvres…Bref, le décor ainsi planté apportera facilement la touche réaliste et sombre à cette de l'histoire. 

C'est désarmant pour la lectrice que je suis, de s'être laissée emporter par cette histoire aussi violente, j'ai aimé m'y perdre pourtant, hypnotisée dans l'attente de l'incroyable ! Que va nous pondre encore cet auteur, n' a-t-il pas déjà exploité tous les coins et recoins de la psychologie humaine, celle de la folie, celle qui nous rend malade ! Eh bien non ! .... et le dénouement surprenant est un témoignage magistral de notre travail sur ce livre car Maxime Chattam nous prend à témoin de l'absurdité humaine et de la violence qui entraine la violence... Qui sommes-nous pour juger quelqu'un que nous aurions aimé nous-même zigouiller ! ou encore, jusqu'où peut-on laisser aller l'horreur avant de crier justice ! Ces considérations sont complexes et nous renvoient à notre conscience, mais de toutes les façons et malgré le côté obscure de la réflexion, j'ai trouvé bon de se sentir exister à travers un livre …


21 commentaires:

  1. Convaincue par la démonstration de ce que peut être une âme vouée au Mal, en cela l'auteur excelle effectivement. Dans la peinture sociale à hauteur de ce village aussi.
    Il y a vraiment des choses intéressantes ici. Je reste pourtant peu convaincue par la pirouette finale, et je comprends en te lisant que c'est peut-être parce que je n'ai pas ressenti ce sentiment de vengeance, d'appel au meurtre de J.P. Certes, je voulais que quelqu'un mette un point final à ces actes mais pas ainsi. Cela doit en partie expliquer ma non adhésion à ce choix narratif de l'auteur...
    C'era

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah Marie ! je comprends aussi ton point de vue, mais sans trop en dévoiler, je trouve que de nous poser un peu comme lecteur actif est une excellente chose, et franchement, j'ai aimé la façon dont s'est fait… Comme si une part de nous aurait souhaité ce geste et l'aurait fait inconsciemment donc sans nous culpabiliser sur le coup. Mais un peu comme un fou qui retrouve la raison quand tout est calmé, il nous met devant le fait accompli d'une geste fait sous le coup de la colère .. Comme tu le dis dans ta chronique, je crois que sans trop réfléchir aux conséquences, on aurait tous levé la main avant ! peut-être même dès le début du roman… Mais là c'est juste purement commercial, il fallait de la matière à son accusation … Je conçois aussi que tu n'as pas aimé te sentir manipulée par l'auteur, ce qu'il fait aussi à ravir… Moi ça m'a plu ! (parce que c'est un livre….)
      Je vais rajouter ton avis sur ma chronique car il est bon d'avoir des avis différents et des ressentis personnalisés.
      Merci de ce commentaire constructif et intéressant !

      Supprimer
    2. [Attention mon com peut constituer un SPOIL pour ceux qui n'ont pas lu le roman!]
      Lecteur actif, participant à la sen...ce f..le : je conçois le concept et le but visé. Mais mettre le lecteur devant le fait accompli avec tout ce blabla derrière qui constitue presque un sermon appuyant sur le "c'est vous qui l'avez voulu et moi je n'ai été qu'un instrument de votre volonté au paroxysme de cette dernière", c'était incongru, farfelu même.
      Cette pirouette (je ne trouve pas d'autre mot :p ) de faire entrer de plein pied le lecteur dans l'aboutissement de cette histoire, c'était pour moi insatisfaisant : ça m'a fait l'effet d'une douche froide. C'était vraiment "wtf, ça s'arrête là, comme ça, avec cette explication???".
      Pourquoi il n'a pas utilisé son narrateur omniscient plutôt?... D'ailleurs je ne me souviens pas, il culpabilise lui?
      Tu sais, ce n'est pas que je n'aime pas me sentir manipulée, au contraire, j'adore quand un auteur me fait tourner en bourrique, manipule ma pensée pour m'emmener exactement où il veut, voire me faire réfléchir, prendre conscience de mes réactions, pensées à la lecture de son histoire, etc... Sauf que là, je ne me suis pas sentie manipulée, non non! Je me suis juste sentie fichtrement lésée parce que je n'adhérai pas à cette envie, cette colère-là (dont tu parles) jusqu'à ce geste qu'il nous prête unanimement. Je n'étais pas en adéquation avec ça.
      Est-ce que j'espérais que ce geste soit fait par un des personnages de l'histoire, est ce que j'espérais que le bras armé soit celui d'un autre (Celui de la Justice : incarné par le shérif ou une autre autorité) parce qu'à aucun moment, je n'ai voulu armer le mien? Oui je crois. Est-ce que cela suffit à me dédouaner et ne pas culpabiliser comme les autres? J'aurais envie de te dire que oui parce que ce dont je me souviens très très bien, c'est que certes, comme tout le monde, j'aspirais vraiment à ce que ça s'arrête et que l'horreur ne se répète pas encore une fois avec cette gamine mais je n'avais encore à aucun moment ressenti le besoin que quelqu'un le zigouille.
      Je me souviens de la tension ressentie et de l'appréhension, du besoin de tourner les pages pour savoir si quelqu'un allait l'arrêter enfin.
      Et quand j'ai lu la scène où on le découvre au sol, refroidi... j'étais soulagée (non qu'il soit mort, plus parce que ça voulait dire que la gosse s'en était sortie) et je réfléchissais à qui lui avait mis un point final. J'attendais un rebondissement, une révélation magistrale...
      Pas ça.
      Et parce que c'est un livre et une histoire, j'attendais que Chattam la mène jusqu'au bout avec une chute qui continue de faire s'exercer la puissance de ses personnages et la force de sa fiction. Là, c'était presque faire surgir une donnée réelle (l'intrusion de la volonté "majoritaire" des lecteurs) dans la fiction... Et ça ne m'a pas convaincue ^^
      J'avais autre chose à dire mais je suis tout l'temps interrompue et j'ai perdu le fil de mes pensées (ça reviendra!) et puis je suis à la bourre... Je file.
      J'attends ta réponse (si tu souhaites prolonger l'échange :) ). Merci pour l'ajout de mon avis :)
      C'era

      Supprimer
    3. Je te sens remontée C'era...preuve que tu es touchée par le sujet. En fait, je ne me suis pas trop pris la tête avec ce livre, j'ai ingurgité et accepté sa démonstration, elle m'a plu et correspond à ce que j'ai ressenti, alors je ne sais pas si on peut échanger encore car nos points de vue sont divergents sur la manière d'alpaguer le lecteur, moi, j'ai aimé cette fin et franchement le geste de zigouiller de façon livresque était très tentant et reflète ce que j'ai pensé à ce moment, je fais partie du plus grand nombre et la révélation finale m'a bluffé. On aurait pu trouver un tas de meurtriers dans le village, mais cela aurait été assez normal, tout le monde le détestait ce pauvre Jon...cette version est bien plus forte et inventive à mon goût. Mon argument est que la justice n'a pas su faire le nettoyage et le travail dans ce village, Jarvis a manqué de dynamisme et d'envie, il a laissé tomber l'affaire trop facilement, alors l'auteur nous a fait prendre la relève, il nous accuse mais ne se dédit pas lui-même de l'acte ! enfin je ne crois pas ... Maintenant, je respecte ton avis et ton état d'âme, je comprends que tu n'es pas été convaincue, son style peut froisser et de pas apporter les réponses que tu souhaitais... mais as tu lui en parler en mars au quai du polar ?

      Supprimer
    4. Non non pas remontée. Pardon je m'emballe quand je parle, je ne voulais pas te donner l'impression de t'agresser en défendant mon point de vue. Peut-être que je suis trop véhémente. Toutes mes excuses. :)
      Je n'ai pas le sentiment de m'être pris la tête pendant ma lecture, je peux même dire que j'étais à fond jusqu'à ce point où nos ressentis divergent.
      Et je ne fais que parler de mon sentiment à moi hein, pas de méprise. Je ne cherche pas à l'imposer. Parce que je sais bien que ce qui marche avec les uns ne marchent pas forcément avec les autres, heureusement d'ailleurs j'ai envie de dire.
      Bref, je trouve ça intéressant de débattre sur les émotions et l'adhésion à telle ou telle mécanique de l'intrigue d'un roman. Je sais bien que je ne suis pas rangée du bon côté de l'appréciation ici, qu'importe, je voulais juste que tu comprennes le pourquoi du comment de ma réaction relative à cette fin.
      C'est vrai que la justice a failli et que le vieillissant Jarvis a laissé passer des indices qui étaient devant son nez pourtant. En même temps, le pauvre n'était pas très aidé... on pourrait se dire "et si l'autre là qui savait était allé trouver le shérif pour lui raconter..." mais avec des si, on pourrait réécrire tout le livre n'est ce pas? ^^ Donc mieux vaut que je m'arrête là...
      J'accepte souvent que les auteurs n'apportent pas LA réponse que j'attendais et je ne crois pas que ce soit ce qui motive totalement mon appréciation finale. Heureusement, sinon il y a bien des livres qui ne trouveraient aucune grâce à mes yeux alors que c'est bien le contraire ^^ Disons que celle-ci était too much pour moi, mais pour le reste j'ai totalement adhéré à la manière dont Chattam décrit le mal qui s'exerce dans le coeur et l'esprit de son personnage. Il est indéniablement doué pour parler de ça.
      Et non je n'ai pas pu lui poser la question aux QdP, nous avons passé beaucoup de temps sur l'enquête dans la ville et quand je suis arrivée au Palais du commerce, il y avait une queue d'un km pour arriver jusqu'à lui. Vu mon état de fatigue, et état tout court, j'ai préféré écourter mon tour des auteurs. Mais j'ai vu Bussi même s'il était pressé. :)

      Merci pour cet échange Lili (désolée encore une fois pour le sentiment d'emportement que je t'ai donné).
      Biz

      Supprimer
    5. Ma c'era, je n'ai vu qu'un emportement "enthousiaste", je sais que tu n'as aucune agressivité mais c'est parce que tu en parles avec beaucoup de conviction, et c'est tout à fait normal d'exposer son point de vue. Je suis d'une nature assez passive quand je lis, je veux dire que j'ingurgite et je laisse mes émotions premières prendre le dessus, le temps de la réflexion vient souvent après pour moi, c'est sans doute pour ça que j'aime autant ce style de bouquin qui joue toujours sur la corde sensible de nos coeurs. En prenant du recul ton point de vue se défend et se comprend, mais je reste sur l'instant de ma lecture car c'est ma première impression et c'est celle qui déclenchera le souvenir de ce roman. En tous les cas, ce livre aura fait parler et cet échange aura sûrement donné l'envie à d'autres de le lire ! (on lui fait de la pub, ma C'era)
      Je te remercie d'avoir pris du temps pour en débattre ici, je t'embrasse fort.

      PS :Tu as vu Bussi, génial ! j'aime beaucoup aussi ce monsieur, beaucoup plus sobre dans ces sujets, il n'en reste pas moins qu'il sait jouer aussi avec nos sentiments, je viens de finir Mourir sur Seine, ce n'est pas mon préféré, mais l'intrigue donne matière à rêver ...une chronique bientôt ...

      Supprimer
  2. il, est dans ma pal en attendant que je le sorte. Bise a toi contente que mon chouchou ne t'ai pas déçue

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est mon chouchou aussi ! bises ! Malgré un style un peu différent, ses histoires sont toujours aussi passionnantes !

      Supprimer
  3. Très différent de ce qu'il a fait avant, j'ai adorée :) !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi aussi ! Il a dépiotté l'âme humaine comme personne !

      Supprimer
  4. le disais plus faut > plus haut* ? :)

    Une très belle chronique avec laquelle je suis entièrement d'accord. Beaucoup plus psychologique mais toujours aussi captivante, toujours cette empreinte de l'auteur et ce dénouement incroyable. Je m'attendais à une fin assez spectaculaire, je crois que l'auteur nous a saisit sur place. J'ai d'abord cru à une mauvaise blague avant de réaliser qu'il avait raison... Qu'au fond de moi j'avais tant espéré que ce moment arrive qu'il ne pouvait en être autrement. Une belle claque comme tu l'as dit !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Kathleen ! ta chronique fait écho à la mienne ! J'ai tout pris à bras le corps digérant doucement cette histoire sordide ! Je reste sous le charme de sa plume.

      Supprimer
    2. J'ai rajouté un ptit' lien sur ta chronique !

      Supprimer
  5. Oh merci pour le lien, je vais faire de même !
    Je reste indéniablement et inlassablement sous le charme de sa plume... il me reste encore de nombreux romans à savourer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. De rien, Kathleen ! un bon auteur que je suis aussi avec une certaine impatience.

      Supprimer
  6. Il faut absolument que je lise cet auteur un jour !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui Leelys ! Tu pourrais en profiter pour le challenge de la Licorne ;) ! on est dans la session thriller ! A découvrir c'est certain.

      Supprimer
  7. Je vais être tout à fait honnête avec toi en te disant que je compte faire l'impasse sur ce roman ! Ton avis est pourtant enthousiaste mais je sais déjà que je ne pourrais pas adhérer à ce roman ^^ J'ai entendu parler de certains passages qui m'ont instantanément rebuté... Pour une fois, ma PAL n'en prend pas un de plus au passage, mais je sais que ce n'est que partie remise ;) A bientôt !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aucun souci, Lupa,il en faut pour tous les goûts tu sais, et nous en avons déjà beaucoup en commun ;) C'est un genre assez dur et je comprends que cet auteur puisse déclencher des cauchemars, les sujets sont glauques et traités durement. Je ne suis pas trop sensible car même s'ils restent ancrés dans ma mémoire, ils ne me hantent pas !
      Mais je ne baisse pas les bras et j'espère bien que je saurai mieux te convaincre avec ma prochaine chronique ;). Bises ma Lupa !

      Supprimer
  8. Voilà une excellente chronique sur un livre qui semble déjà mettre en œuvre une controverse intéressante.
    Le 4ème de couverture est alléchant, ton article passionnant et les débats en commentaires achèvent de semer l'envie.
    Merci pour ce partage. Merci à ton challenge.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci June, comme j'aimerai avoir ton avis sur ce livre, je sais ta sensibilité à fleur de peau et je serai curieuse de savoir ce que peut exercer sur toi un aussi démoniaque auteur, maître de la manipulation dans l' émotion ! ;)

      Supprimer

Merci de vos commentaires ...