mardi 24 novembre 2015

Le silence de la mer - Vercors

Présentation de l'éditeur ( livre de poche) - Classique - histoire de vies

Hiver 1940, la France est défaite. En province, dans une ancienne demeure, un vieil homme et sa nièce voient une partie de leur habitat réquisitionnée pour héberger un officier allemand. Lors des veillées, dans la grande cuisine, seule pièce chauffée, au coin de l’âtre, l’officier leur rend visite et essaye d’établir un contact. Enfermés dans leur mutisme, les deux hôtes écoutent sans mot dire.






Je n'irai pas par 4 chemins, ce vieux classique que j'ai ressorti du fond de ma bibliothèque, est un petit bijou, et en le relisant je me rappelle combien il m'avait marqué quand j'étais encore une jeune  plante donc autant dire que cela fait un bon moment ! L'odeur du papier vieilli qui transpire à chaque changement de page me projette aussi loin que cette histoire ... Celle d'un vieil homme et de sa nièce qui se retrouve face à face chaque jour avec leur pire ennemi, un allemand : Werner von Ebrennac qui a réquisitionné leur demeure pendant l'occupation. (c'est marrant ça ! ma dernière chronique "les vestiges de l'aube" de D.S.Khara parle d'un Werner aussi, un redoutable vampire... drôle de coincidence ! bon reprenons... ) 

Le poids est lourd à porter pour tous les habitants de cette maison. Ils décident d'un commun accord de ne pas parler à leur hôte, et de l'ignorer lui signifiant ainsi leur dégoût pour leur invasion. L'officier allemand a beaucoup de courage, il tente le dialogue... qui lui sera refusé, il espère détendre l'atmosphère en parlant librement de la France qu'il aime, il parle de la musique qu'il connait bien et qui adoucit souvent les moeurs, il espère beaucoup de leur collaboration et espère aussi l'unification de leur deux pays. La littérature française est mise à l'honneur, elle est joliment défendu par l'envahisseur, il est conscient de la richesse culturelle de ces deux pays, la France et l' Allemagne, cette guerre est une aberration. Et pourtant, malgré son monologue rassurant, on sent poindre une certaine  naïveté qui lui fera perdre le sourire ...

Cette liberté bafouée que les propriétaires de la maison se résignent "à exprimer en se taisant" génére des silences encore plus parlants, que de longs et beaux discours. Beaucoup d'émotions sous-jacentes, des regards qui trainent, des soupirs qui se meurent .. c'est très émouvant. Cette émotion est soutenue par une écriture simple, descriptive et qui nous plonge très vite dans cette ambiance. La première description du visage de l'allemand est magnifique, la beauté du diable ...

Beaucoup d'antagonismes et de surprises sur les sentiments qui évoluent dans cette histoire ...car à la haine s'ajoute des sentiments d'habitude, puis des sentiments tout courts ... et c'est étonnant comme certaines choses peuvent finir par manquer alors qu'on voudrait s'en débarrasser ... 
Mais je parle trop... la nouvelle étant assez courte je ne vous livre rien de ce qui nait de cette "co-location" peu ordinaire ... Il faudra lire et vous armer d'une petite pièce de coton qui s'appelle "mouchoir" pour les plus sensibles ... Les messages sont très forts. A découvrir ou à redécouvrir ...


Publié clandestinement en 1942, le récit Le Silence de la mer a longtemps fait l'objet d'un véritable culte, en raison du message patriotique qu'il délivre. Le texte est inspiré de faits réels (Vercors a lui-même accueilli dans sa maison un officier allemand) et dédié au poète Saint-Pol-Roux, mort après avoir subi l'invasion de son manoir par les nazis.



Son Dernier Coup d'Archer : lire un livre
dans lequel la musique a une place importante.

8 commentaires:

  1. Ben ça me plaît bien tout ce que tu dis de cette histoire. Et je suis assez curieuse de savoir ce que je ressentirais (au travers des membres de cette maison envahit par l'ennemi) pour ce Werner...

    Merci de ce partage :)

    c'era una volta

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    1. Oui, c'est la question que je me suis posée tout au long de ma lecture, ces gens qui n'ont pas eu le choix et qui ont du subir "plus ou moins" bien l'occupation, ont sûrement connu de "drôles" de situations. Celui qui raconte l'histoire est le vieil homme, ce que j'ai oublié de dire d'ailleurs dans ma chronique, alors on s'imagine par ses yeux l'étrangeté de la situation et l'ambiguité des sentiments ! Il se veut ferme et au fond il est très humain, tout comme sa nièce. Ce qui rend les choses plus difficiles a vivre ! mais plus belle a lire !

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    2. Et je suis sûre que cette vision-là "plus humaine qu'elle ne voudrait le laisser paraître" rend le tout très émouvant.
      Merci de cette dernière information Lili :)

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  2. Je suis contente que tu aies autant aimé ce texte que moi ; je trouve qu'il n'a pas vieilli et je trouve les trois personnages magnifiques, chacun à sa façon. La fin est terrible mais comme une délivrance aussi... C'est un récit qui marque, même 70 ans plus tard.

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    1. Merci de ton passage Nathalie ! J'ai bien fait de suivre ton avis éclairé, ce classique m'a donné envie d'en redécouvrir d'autres. La fin est forte en effet, et illustre un amour impossible à l'époque pour ces deux âmes de culture différente.

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  3. je ne l'ai jamais lu mais il me semble avoir vu un telefilm de ce livre avec thomas jouannet dans le role de l'officier

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    1. Je n'ai pas vu la version téléfilm, je doute que ce soit aussi fort que les silences lourds dans la maison ... Mais à l'occasion je regarderai !

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  4. Me connaissant, une petite pièce de coton n'y suffirait certainement pas, mais je suis prévoyante j'ai la version papier en distribution illimitée toujours à portée de la main pour ce genre de lecture ;-) Merci pour cette découverte de plus ma Lili ! Bises :)

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