mercredi 18 janvier 2017

Ressentiments distingués - Christophe Carlier

Présentation de l'éditeur ( Phébus) - Histoires de vie, policier

Le microclimat de l’île : pluie et bourrasques. Ce qui n’empêche pas ses habitants d’avoir un bon fond, et d’accueillir le facteur avec un sourire, quel que soit son retard. Le pauvre homme souffre d’arthrose ; mais l’heure de la tournée n’intéresse pas grand monde. Nul n’envoie plus de lettres d’amour et les factures arrivent toujours trop tôt. Jusqu’à ce que des missives malveillantes atterrissent dans les boîtes aux lettres.
Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? La vaniteuse Marie-Odile ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Emile, Laure, Marge ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Sans que les bavards complices n’en retirent le plaisir d’être solidaires.

  Merci à Phébus et Babelio


Quel plaisir ce petit livre, à vrai dire je n’ai pas souvent l’occasion de lire ce genre de bouquin, très moderne dans sa conception et qui se lit facilement malgré la multitude de paragraphes et de chapitres.

D'un premier abord, l’histoire n’est pas particulièrement originale, « un corbeau sévit sur une île en envoyant des missives, et fait vivre le commérage et la zizanie dans un village...» Mais par un habile jeu de phrases, de stratagèmes littéraires et de mise en page, l’auteur pose seulement quelques jalons pour ne faire transpirer que des émotions, des sensations, aucune description ni pour les protagonistes, ni pour les lieux, on a seulement  des RESSENTIS, et avec cela, l’imagination fait tout le travail, l’ouvrage porte d’ailleurs bien son nom à cet égard. 

Une intrigue fignolée car avec si peu de matière, on a l’impression de voir vivre tout un village, de connaitre chaque habitant et de comprendre leur vie taciturne. Le traitement en paragraphe court apporte des points de vue rapides et précis sur les différents personnages, quelques traits physiques et psychologiques, on va à l’essentiel et ça suffit pour se faire une idée de l'intrigue et des acteurs en lice. Le rythme est soutenu en installant un suspens lourd et pesant … paradoxale comme situation, mais bien menée et allant toujours crescendo ! 

Le récit se découpe en trois parties assez inégales, nous suivons dans un premier temps le facteur qui livre ses cartons maudits, on voit peu à peu cette farce prendre racine et pervertir les habitants, les masques tombent et les secrets aussi, les faux semblants sont grattés, le verni parti, il reste l’indifférence et l’amertume de ces gens vivants reclus sur eux-mêmes. La solitude et la jalousie deviennent chez certains comme une seconde nature. Bien que les messages diffus soient peu mesquins, ils s’insinuent dans les univers quotidiens, et on s’aperçoit à quel point, les insulaires eux-même alimentent et donnent de la densité à cette farce, orchestrée par un corbeau qui ne pensait sûrement pas, au début, déclencher tant de rebondissements et de ressentiments  ….

Non.. non, je ne dirai rien sur l'identité du corbeau, mais la deuxième partie du livre est encore plus intéressante puisque nous voyons l'évolution de cette histoire à travers son regard, impitoyable et sans coeur, larguant sur l’île un parfum de rancune et de vérité,  un corbeau inattendu qui se prend au jeu et se laisse emporter par la rumeur…
La troisième partie très courte conclut l’affaire aussi crûment qu’il est possible, le destin est parfois espiègle et l'effet boule de neige tout aussi incroyable, tout cela tend vers une fin étonnante entrainant un sourire du bout des lèvres et une certaine pitié pour les travers de l'humanité !

Une écriture précise, des images qui frappent l’imagination et rend ce huis clos très abordable, une étude du comportement humain et des mentalités insulaires sûrement très proches de la réalité, on imagine très bien la vie du café "la marine" dont les habitués se regardent en chien de faïence, alimentant les ragots et suspectant le corbeau dans chaque regard croisé.  Un tableau virulent et acide dans un genre assez différent des policiers que je lis habituellement, mais cette prose a de quoi toucher les esprits ! elle est poétique et pourtant sans concession,  c'est une très bonne expérience que je vous invite à découvrir ! 



18- La Boîte en Carton : lire un livre dans lequel tout commence par une lettre/un colis

5 commentaires:

  1. Ah les insulaires ! lol
    Plus on vit en comité restreint plus on se regarde vivre. Je ne connais pas l'auteur mais cette ambiance me rappelle le livre Une place à prendre où l'on découvrait les profonds travers de ces familles "biens sous tous rapports".
    Merci pour ton avis ;-)

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    1. L'avis d'une ilienne serait intéressant ! ;) J'ai lu une place a prendre ! et sur le fond ca ne différe pas beaucoup en effet, j'aime assez ce grattage de verni qui nous ramene a l'essentiel ! pas toujours tres beau à voir ... mais cela inspire beaucoup les auteurs !

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  2. Je ne vis pas sur une île mais j'ai du sang d'îliens dans les veines, ça doit compter :p

    Il m'intéresse ce roman. j'aime ce que tu en dis et les huis clos me laissent toujours une bonne impression. Je tenterai bien l'aventure.

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  3. Coucou Lili,
    J'aime beaucoup ce genre d'ambiance de ragots, de non dit et j'adore quand l'auteur laisse un grande part d'imagination au lecteur que je vais me noter ce roman ! Et puis, tu en parles si bien !!

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  4. Ah les corbeaux ! Ce sont souvent des personnages propageant tout un lot de promesses pour une histoire de ce genre ! Ils font surgir les secrets les mieux enfouis, pour notre plus grand plaisir ;) Je m'embarquerais peut-être sur cette île, histoire de sonder un peu ses habitants, si l'occasion s'offre à moi ! Merci ma Lili :)

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