vendredi 12 mai 2017

Le roi se meurt - Ionesco

Présentation de l'éditeur  ( folio) - Théâtre

Pour expliquer le succès du Roi se meurt, on a dit que c'est un classique. Il montre l'homme ramené à sa condition fondamentale. Donc à l'angoisse devant la mort. Cet homme qui parle avec les accents du roi Lear est néanmoins notre contemporain. Il est tellement notre contemporain que son histoire - une existence qui a oublié ses limites - reflète exactement la célèbre « crise de la mort » qui secoue l'Europe de l'après-guerre. Le Roi se meurt n'est pourtant pas une pièce triste. D'abord, parce que l'humour n'y est pas absent. Ensuite, et surtout, parce que Ionesco propose les remèdes pour sortir de la crise. C'est également cela, une grande oeuvre classique, une leçon de dignité devant le destin.



 
Quelle bonne surprise cette pièce de théâtre ! ayant beaucoup pratiqué cet art en amateur, j'avoue pourtant ne pas être très attirée par la lecture de ce genre. Mais là, je me suis plongée dans cette pièce pour le challenge de Little-bit-dramatic et je n'ai levé le nez qu'à la dernière tirade. Quel texte et quelle mise en situation !  Ionesco, grand auteur roumain, casse avec force et brio les codes conventionnels du théâtre classique et nous apporte une note délirante et déjantée en abordant pourtant des thèmes profonds.

D'abord, pas d'acte, pas de scène, tout s'enchaîne, et sous la comédie, il fait naître la tragédie, car franchement l'histoire de ce roi Bérenger 1er qui est au seuil de sa mort, nous donne à réfléchir sur la vision d'un homme face à son plus grand tourment, d'abord il la refuse, puis peu à peu, il devra accepter l'impensable, l'inévitable, il perd la vie et le pouvoir, il perd tout...

extrait " Le roi - Quand elle est en danger de mort, la moindre fourmi se débat, elle est abandonnée, brusquement arrachée a sa collectivité. En elle aussi, tout l'univers s'éteint. Il n'est pas naturel de mourir, puisqu'on ne veut pas. Je veux être."

Chaque personnage au delà de son rôle apporte une symbolique à cette histoire, le roi c’est l’homme dans touts son humanité et son imperfection, ensuite, il y a ses deux femmes, La reine Marguerite, sa 1ère épouse, calculatrice et forte, elle raisonne,  puis Marie, sa 2ème épouse, plus douce et inquiète pour son roi, elle aime et enfin Juliette, la femme de ménage qui incarne le quotidien du roi, a qui il parle sans ambage. Enfin, pour compléter le tableau, on trouvera le médecin du roi confronté à l’impuissance de sa science et un garde, qui annonce les situations. 
Ce qui est remarquable, c'est que la mise en scène conserve un aspect très cérémonial comme il se doit dans une cour, et que les dialogues sont décalés et d'une légèreté étonnante parfois, dans un langage assez incongru... Cela donne une patte très moderne et démystifie le côté très mélancolique de la situation, rajouté à cela, nous avons des conversations qui paraissent naïves, on passe du coq à l'âne sans s'étonner, et franchement les réparties entre Marie et Marguerite sont excellentes !. Parfois même, le questionneur se répond lui-même en surenchérissant par d'autres questions, cette progression dans la langage est utilisée régulièrement et apporte un éclairage sur l'état d'esprit de celui qui parle.

extrait " Le roi - Je n'ai pas mal. Pourquoi aurais je mal ? si, un tout petit peu. Ce n'est rien ...

Les répliques paraissent simples, mais sont assez cinglantes et réalistes, elle dégagent beaucoup d'émotion et de vérité, malgré un habillage souvent ridicule. Il y a quelque chose de poétique et d'émouvant dans les sujets traités. Je ne connais pas bien le théâtre de l'absurde, mais je suis convaincue de son efficacité et retenterai l'expérience avec plaisir.

 
Le théâtre de l’absurde est un style de théâtre apparu au XXe siècle, à l'époque de la Seconde Guerre mondiale, qui se caractérise par une rupture totale par rapport aux genres plus classiques, tels que la tragédie ou la comédie. C'est un genre traitant fréquemment de l’absurdité de l’Homme et de la vie en général, celle-ci menant toujours à une fin tragique. L’origine de ce mouvement est sans conteste essentiellement liée à la chute de l’humanisme et au traumatisme causé par la Première Guerre mondiale. Ce mouvement littéraire s'est inspiré des surréalistes et des dadaïstes mais est radicalement opposé au réalisme.

Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Arthur Adamov, Jean Genet sont parmi les auteurs de ces œuvres qui ont bouleversé les conventions du genre. Presque à la même époque, des auteurs de l'Europe de l'Est, hongrois, tchèques, polonais, bulgares, ukrainiens ou slovènes, créent également un nouveau théâtre jouant avec l'absurde et le grotesque.

L’absurdité des situations mais également la déstructuration du langage lui-même ont fait de ce style théâtral un mouvement dramatique à part entière. Ce type de théâtre montre une existence dénuée de signification mettant en scène la déraison du monde dans laquelle l’humanité se perd.

Théâtre de l'absurde. (2017, mars 14). Wikipédia, l'encyclopédie libre.

En 1961, Martin Esslin publie un essai où l’expression "théâtre de l’absurde" devient célèbre.


2 commentaires:

  1. Tu m'attires vers ce théâtre de l'absurde que je connais bien trop peu ! Dans ta chronique transparaît l'étonnement contagieux et irrésistible de la bonne surprise ;-) Merci ma Lili !!!

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    1. Je ne suis pas sûre d'adhérer en totalité à ce théâtre car je suis assez cartésienne finalement dans mes lectures et si c'est trop déjanté j'ai du mal à suivre. Ici la dose est juste bonne pour moi, mais j'ai découvert dans les notes du livre que c'était une pièce un peu charnière entre le théâtre de l'absurde, la tragédie et la comédie. c'est sans doute pour cela qu'elle m'a convaincue ! ;)

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