jeudi 21 janvier 2016

Terreur - Dan Simmons


Présentation de l'éditeur ( Pocket) - Horreur - fantastique - histoire
Traduction : Jean-Daniel Brèque

1845, Vétéran de l'exploration polaire, Sir John Franklin se déclare certain de percer le mystère du passage du Nord-Ouest. Mais l'équipée, mal préparée, tourne court; le Grand Nord referme ses glaces sur Erebus et Terror, les deux navires de la Marine royale anglaise commandés par Sir John. Tenaillés par le froid et la faim, les cent vingt-neuf hommes de l'expédition se retrouvent pris au piège des ténèbres arctiques. L'équipage est, en outre, en butte aux assauts d'une sorte d'ours polaire à l'aspect prodigieux, qui transforme la vie à bord en cauchemar éveillé. Quel lien unit cette "chose des glaces" à Lady Silence, jeune Inuit à la langue coupée et passagère clandestine du Terror? Serait-il possible que l'étrange créature ait une influence sur les épouvantables conditions climatiques rencontrées par l'expédition? Le capitaine Crozier, promu commandant en chef dans des circonstances tragiques, parviendra-t-il à réprimer la mutinerie qui couve?


Je suis encore sous le charme de ce roman, waouh ! quelle aventure, j'ai dévoré ces 1000 pages en une bonne semaine ce qui est relativement vite pour moi ! Quelle claque ! ce roman historique est un vrai thriller, précis et fourmillant d'anecdotes sur la vie des marins au milieu du XIXe siècle, et si l'on a bien en mémoire que ce récit est tiré d'une histoire vraie et avérée par la découverte d'une des épaves en 2014, et bien tout cela fait plus que froid dans le dos ! 


Vous trouverez ci dessous quelques explications sur la véritable expédition, et là, je dis "Chapeau Mr Simmons" car à quelques détails près, l'histoire colle à la réalité. A l'époque, John Franklin a mis sur pied cette longue expédition afin de trouver un passage reliant l'océan pacifique à l'atlantique, de quoi prendre un raccourci phénoménal … Mais ce raccourci va leur prendre plus de 3 ans et toute leur énergie. A bord des deux bateaux savamment parés pour ce genre de voyage, les hommes de l' HMS Erébus et du HMS Terror, 130 âmes environ partent donc avec la hargne et le courage au coeur. Hélas, l'Angleterre ne reverra aucun de ses hommes, certains faits sont troublants sur leur disparition et de là, la légende et les mystères vont naître. L'auteur reprend à son compte cette expédition, il comble les moments d'incertitude et nous offre sa version de l'histoire, elle est fascinante et remplie de mystères et de légendes ! Elle explique beaucoup de faits comme la disparition de plusieurs gradés, morts subitement et de façon inexpliquée et dont on a retrouvé plus tard les tombes sur place. La maladie n'explique pas tout... et Dan Simmons avec un bestiaire étonnant simule des peurs ancestrales en nous livrant le fruit de son imagination.



Les expéditions polaires à cette époque demandent une grosse préparation, et à travers le récit pigmenté de fantastique, on imagine très bien la vie à bord … résister et survivre à des hivers polaires est compliqué. Les hommes d'équipage vont se retrouver plusieurs années bloqués dans une banquise persistante. Ils ont prévu des vivres, du chauffage, mais les conserves mal soudées se détériorent très vite, la famine et le scorbut vont bon train, le froid lui n'arrange rien, soustrayant quelques orteils et autres appendices, et les ténèbres du monde extérieur vont peu à peu saper le moral des troupes et les faire paniquer devant la situation …Ils espèrent toujours que l'Amirauté viendra à leur secours mais les désillusions s'installent, l'angoisse monte avec des tentatives de mutinerie et des débordements en tout genre…pas le temps de s'ennuyer...


Plus on progresse dans l'histoire et plus leur calvaire semble sans fin, les personnages récurrents sont attachants et leur psychologie fouillée, on appréciera les commentaires et les remarques du capitaine Crozier, le dévouement de l'enseigne Irving. Simmons accentue leur épuisement par des descriptions percutantes et pleine de réalisme. Certains chapitres sous forme de journal m'ont beaucoup touchés, notamment les écrits du chirurgien Goodsir, qui avec un oeil plus extérieur, nous brosse un tableau sans concession, des descriptions précises et des sentiments forts, le personnage est bouleversant, se posant les bonnes questions et ne se faisant pas d'illusion. Et, comme l'homme est aussi un dangereux prédateur quand il sent la fin proche, on aura aussi une palette de détraqués et d'hommes indignes qui finiront par semer la peur et la mort au coeur même des effectifs, je vous laisse juger de la cruauté de certains ..



La question reste sur le bout des lèvres pendant toute la lecture, vont-ils s'en sortir ? et même si on finit par deviner le dénouement inexorable, il reste beaucoup de surprises jusqu'à la fin ! une fin que j'ai beaucoup aimé personnellement, et qui nous rapelle que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, aussi improbable que celui puisse paraître parfois.


L'atmosphère est très bien rendue, au point qu'il faut faire des efforts pour se sortir de cette histoire, l'écriture est nerveuse, précise, fluide et nous entraîne avec ces hommes, engourdis de froids et de douleurs…Ce récit d'aventures humaines, palpitant et tragique, m'a tenu scotché du début à la fin. Un univers bien campé, un gros travail de recherche sur cet événement et en même temps une belle place à l'imaginaire et aux légendes. Alors mettez vos gants, votre chapeau et votre manteau le plus chaud car lorsque vous serez partis sur les traces de ces explorateurs, vous commencerez à sentir le froid glacial s'insinuer en vous… J'en frissonne encore rien que d'y penser …



L’expédition Franklin est une expédition maritime et polaire britannique qui avait pour but de réussir la première traversée du passage du Nord-Ouest et l'exploration de l'Arctique. Commandée par le capitaine John Franklin, elle quitte l'Angleterre en 1845 sur les bombardes HMS Erebus et HMS Terror, traverse l'Atlantique, remonte la mer de Baffin (entre le Groenland et la terre de Baffin), s'engage de le détroit de Lancaster avant de disparaître.

Franklin est un officier de la Royal Navy et un explorateur reconnu, ayant participé à trois expéditions en Arctique dont l'expédition Coppermine. À 59 ans, cette expédition doit être sa dernière, mais l'ensemble de l'expédition, Franklin et ses 128 hommes, meurent après que leurs navires se sont bloqués dans les glaces dans le détroit de Victoria, près de l'Île du Roi-Guillaume dans l'archipel arctique canadien.

Notamment pressé par Jane Griffin, l'épouse de Franklin, l'Amirauté britannique lance une campagne de recherche de l'expédition disparue. Motivées en partie par la renommée de Franklin, en partie par une récompense de l'Amirauté, de nombreuses expéditions ultérieures rejoignent les recherches. Plusieurs de ces navires convergent au large de la côte est de l'île Beechey, où les premiers vestiges de l'expédition sont trouvés, y compris les tombes de trois membres de l'équipage. Les explorateurs John Rae puis Francis Leopold McClintock, l'un en acquérant des objets et des témoignages sur Franklin en provenance des Inuits, l'autre en découvrant dans un cairn une note sur le sort de l'expédition, fournissent un faisceau d'indices expliquant la perte de l'expédition.

Dans les années 1980, une équipe de scientifiques dirigée par Owen Beattie, un professeur d'anthropologie à l'Université de l'Alberta, commence une série d'études scientifiques des tombes, des organes et d'autres preuves matérielles laissées par les membres de l'équipage de Franklin sur l'île Beechey et l'île du Roi-Guillaume. Avec l'avancée de la science, ils en concluent que les membres de l'équipage dont les tombes sont retrouvées sur l'île Beechey sont probablement morts de pneumonie, de la tuberculose et que cela a peut-être été aggravé par une intoxication par le plomb de boîtes de conserve mal soudées. Des marques sur les os portent des traces de cannibalisme. Finalement, la combinaison de ces études a suggéré que le froid, la famine, l'empoisonnement par le plomb et les maladies, y compris le scorbut, ont décimé l'expédition. En 2014, une campagne de recherche canadienne permit de retrouver l'épave d'un des navires, principalement grâce à la tradition orale inuit. (source wikipédia)

Document sur la découverte de l'épave :

-http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/20140910.OBS8692/170-ans-apres-l-epave-de-l-expedition-franklin-refait-surface.html

-http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/09/10/une-epave-de-l-expedition-franklin-retrouvee-dans-l-arctique_4484764_3222.html





1056 pages

Le Gloria Scott : lire un livre se déroulant en partie sur un bateau

19 commentaires:

  1. Merci! Un de mes meilleurs souvenirs de traduction et un livre qui m'a marqué--j'avais fait un séjour au Groenland avant de le traduire.
    Jean-Daniel Brèque

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    1. Votre commentaire me fait un grand plaisir, car on oublie bien souvent que la traduction est une pièce essentielle de la réussite d'un livre à l'étranger.

      Sans doute ressent-on le plaisir que vous avez eu à travailler sur ce roman, et votre investissement sur le terrain est palpable, on s'y croirait dans ce monde blanc, j'ai partagé grâce à votre sensibilité de traducteur, les ambiances magiques et cruelles de cette nature et de cette histoire incroyable ! C'est un livre que je ne n'oublierai pas de sitôt !

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  2. J'ai beaucoup aimé ce livre. Au début ça ne m'avait pas plus emballé que ça et après je ne pouvais plus le lâcher!!
    Heureuse de le voir apparaître dans le challenge de l'imaginaire!

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    1. Ces petits challenges nous permettent de découvrir ou de retrouver des bons romans. Je suis d'accord, cela devient assez hypnotisant au fil des pages, on a envie de savoir comment cette histoire va finir ! .. Merci de ton passage !

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  3. Ce livre a juste l'air dingue ! Quand j'aurai fini mes 3-4 pavés à lire, je pense que je vais me diriger vers celui là merci pour la découverte

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    1. De rien Leelys ! ce sera un plaisir que nous puissions en parler quand tu l'auras lu ! ;) Par contre, l ne faut pas avoir une trop grosse sensibilité car je te préviens, il est assez dur ! ;)

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  4. Déjà que j'adore Dan Simmons, découvert avec ses deux premiers tomes des Cantos d'Hypérion (magistrals soit dit en passant), je suis diaboliquement convaincue par ton billet ! Le contexte historique à l'air absolument passionnant et les liens de référence dont tu nous fait profiter sont des sources passionnantes. Merci Ma Lili, comme toujours, je puise avec euphorie dans l'univers de tes épatantes découvertes :) Bises !

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    1. Je les ai lu il y a très longtemps, j'avais une vingtaine d'années! mais j'en garde un souvenir fugace mais bon... Je vais essayer de les reprendre d'ailleurs, Simmons s'est essayé à plusieurs genres et la SF n'est pas pour me déplaire ! ;) Je pense que celui ci pourrait te plaire ! bises ma Lupa !

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  5. j'avais lu un livre de cet auteur il y'a très longtemps mais je me rappelle plus rien. faudrait que je revise tiens. Mais je ne crois pas que celui la pourrait me plaire

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    1. Merci d'être passée Chris ! et d'avoir pris le temps de lire ma chronique.

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  6. C'est un auteur que j'ai très envie de découvrir même si je ne commencerai pas par celui-là :)

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    1. Il a écrit beaucoup de science fiction.. Je crois que ce genre te plaira mieux, il n'en reste pas moins que cette histoire est incroyable et je ne regrette pas ce choix de lecture assez inattendue, c'est vrai !

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  7. Réponses
    1. Tu peux ...c'est un roman qu'on oublie pas de sitôt ! Il faut aimer les aventures humaines avec leur lot de bonheur et de malheur ! Celle ci prend de l'ampleur car c'est une histoire vraie ! ;)

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  8. De Dan Simmons je n'ai lu que Drood qui est très particulier mais que j'ai bien apprécié. Il me semble que celui-ci est différent mais je note qu'il t'a emballée !

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    1. J'avais laissé ce message en suspend ! Drood ne me tente pas ! il me semble en effet assez particulier, plus complexe dans la trame. Mais celui-ci est un petit bijou ! ;)

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  9. De Dan Simmons j'ai lu une nuit d'été et le chant de Kali, il sait flanquer le frisson ;-)

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    1. J'ai lu nuit d'été, mais rien a voir avec ce roman historique avec une pointe de fantastique ! mais même dans celui-ci, le frisson s'impose d'abord par le climat et par l'angoisse pour ces hommes !

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  10. Ton avis me donne vraiment envie de le lire, il est très tentant! J'adore les pavés, alors que demander de plus ?
    Merci pour la découverte, j'espère que j'aurai l'occasion de le lire ;)

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