mercredi 27 mai 2015

Mourir sur Seine - Michel Bussi

Présentation de l'éditeur (Editions des falaises) - Policier

Sixième jour de l'Armada. Un marin est retrouvé poignardé au beau milieu des quais de Rouen Quel tueur invisible a pu commettre ce crime impossible ? Quel étrange pacte semble lier les matelots du monde entier ? De quels trésors enfouis dans les méandres de la Seine sont-ils à la recherche ? Quel scandale dissimulent les autorités ? Une implacable machination qui prend en otage 8 millions de touristes. Une course effrénée contre la montre avant la parade de la Seine.

Ce roman est le quatrième que je lis de cet auteur, et je n'ai encore jamais été déçu, bien au contraire ! 
Celui-ci est encore très bon, mais de facture plus classique dans sa conception et dans le choix de l'histoire. C'est un bon policier qui pourrait parfaitement faire l'objet d'un téléfilm. Mais mon préféré reste "les Nymphéas noirs" ! Pas de doute là dessus !

Une des qualités de Michel Bussi, est sa façon d'amener le lecteur là où il le souhaite, en gardant toujours une belle cohérence dans l'histoire, magistralement maîtrisée dans les Nymphéas noirs, on sent plus dans ce roman, un entraînement à son style, et le scénario manque un peu de complexité, mais permet toujours de nous perdre dans des chemins annexes. Sachant que ce roman est un de ses premiers, on peut ainsi voir sa progression dans l'écriture jusqu'à ses derniers en date.


Ce livre est intéressant parce qu'il nous livre une histoire policière au démarrage plutôt simple, mais il y ajoute des éléments historiques, puis des contes et des légendes qui vont donner du relief à l'intrigue, et développer notre imaginaire avec des histoires de piraterie, de légendes oubliées et de croyances tribales … Le fait de camper son histoire à Rouen en plein Armada, nous donne de quoi rêver, une manifestation qui permet à de grands voiliers venus du monde entier de se réunir dans ce port pour quelques jours. La Normandie est mise à l'honneur, principale décor à ses enquêtes, on connait son attachement à cette région, les légendes qu'il y développe et qu'il nous raconte au fur et à mesure de l'histoire contrecarrent le côté réaliste des scènes de crimes et donne surtout du mystère à l'intrigue… et ça j'adore ... 

Un meurtre sur l'Armada va déclencher l'attention de la police et du journal du coin, le SeinaMarina où officie Maline, jeune journaliste, elle va mener l'enquête pour son journal et finir par se rapprocher de la police avec qui elle va partager ses indices, découverts de façon très perspicace, d'ailleurs aidée par le bel Olivier Levasseur, l'atout charme du livre. 
Les personnages sont attachants. Maline Abbruze rend l'enquête plus affriolante et féminine,  pendant que  le commissaire Paturel, un bonhomme honnête va devoir se dépasser et mettre de côté le train-train de sa vie et ses problèmes personnels. Colette, Stepanu, Jérémy, Joe Robin, forment l'équipe de la police que l'on va suivre et qui renvoient à des personnages très crédibles, bien analysés qui apportent vraiment "un plus" à l'histoire.

On retrouve ici des chapitres courts qui scandent l'avancement de l'enquête au demeurant assez passionnante, l'alternance des points de vue aussi donne une dynamique, et on suit les pensées de Maline ou de Paturel avec plaisir ! Chacun ayant des états d'âmes différents sur les suspects et se forgeant leur propre opinion sur les faits, on verra qu'avec tact, Bussi finit par réunir tout ce petit monde pour clore l'enquête ! 

Comme dans tous ces livres, les histoires prennent racine dans le passé, et après un court prologue on se retrouve de nos jours, pressentant qu'il va falloir dénouer les noeuds des événements du passé pour trouver la solution à cette affaire, et revenir au tout début pour que la boucle soit bouclée et toutes les explications données. Après des premiers chapitres entraînant et prenant, on se perd parfois un peu dans les histoires sentimentales de Maline, cela n'entraîne pas de longueur, ça pigmente un peu le roman, mais ralentit tout de même l'enquête qui, heureusement, reprend un rythme plus effréné sur la fin.

J'ai donc passé un excellent moment, Michel Bussi sait capter toute notre attention avec ses intrigues mystérieuses, il sait nous perdre et j'aime être ballotée ainsi, n'ayant pas encore deviné cette fois-ci qui était le meurtrier dans cette affaire ! Il me reste "le code Lupin" et son tout dernier roman à lire (qui est déjà dans ma PAL ! eh oui !). Espérons qu'ils sauront éveiller agréablement mes instincts d'enquêtrice comme à son habitude, j'aime assez sa façon de nous montrer sa vérité, qui est souvent très différente de celle que l'on croit !

A découvrir ... Et pour plus d'avis, vous pouvez retrouver
 les participants de la lecture commune organisée par Mistigri sur Livraddict en cliquant ici ...


vendredi 22 mai 2015

La bibliothèque des coeurs cabossés - Katarina Bivald

Présentation de l'éditeur ( Denoel) - Histoires de vies

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. 
Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. 
Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel…

Quand on aime les livres comme nous, les blogueuses de sites littéraires, les couvertures alléchantes attirent l'oeil mais ne suffisent heureusement pas. Ici, l'oeil est complice du coeur et le titre évoque parfaitement le message et l'intention du livre. Je trouve que la quatrième de couverture est trop bavarde sur le sujet ...Mais bon, le décor est ainsi bien planté !

Malgré une écriture simple et peu cadencée, l'auteur réussit à émouvoir, j'ai été enchanté de cette lecture. Le ton est souvent mélancolique et triste parfois, mais il se dégage beaucoup d'humanité et de bons sentiments, ce roman redonne un courage et une énergie ayant comme seule leitmotiv de bien vivre l'instant présent, et de faire ce que notre coeur nous dicte, de se faire plaisir avant tout !

 "Broken Wheel", ce village dont même la traduction du nom suffit à évoquer un village perdu, voire quasiment abandonné , va être le point central de toutes nos attentions, et nous allons nous attacher à y vivre, dans ce sale coin inhospitalier, et à y suivre les habitants peu nombreux, mais qui vont se donner beaucoup de mal pour redorer le blason de leur village et avec eux, nous allons y vivre aussi une belle aventure humaine, pleine d'amour et d'amitié.

L'auteur présente ce roman très adroitement, intercalant les lettres d'Amy pour Sarah, mais attention, il ne s'agit pas d'un roman épistolaire comme le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates ...rien à voir. Ces lettres courtes et passionnantes nous montrent la progression de leurs rapports et restituent le ton de leur amitié quelques mois avant leur rencontre, qui vous l'avez compris n'aura jamais lieu... car Amy gravement malade va succomber juste avant, et là, on peut dire que c'est étonnant de commencer le début de ce roman par une fin de vie, mais cette perte tragique va permettre pour certains, un redémarrage inattendu. Amy ne profitera pas de l'aventure, mais on sentira son "aura" sur les habitants du bourg, et à travers Sarah qui la questionne souvent sans attendre de réponses, mais elle est sûre de toujours agir fidèlement à ce qu'elles auraient pu faire toutes les deux. Les habitants presque naturellement vont apporter leur soutien et leur aide à la nouvelle touriste suédoise, sachant qu'elle était "l'amie d'Amy", une femme respectée et aimée dans le village. Sarah, d'un naturel solitaire et taciturne, va avoir beaucoup de mal à se fondre dans la population, elle trouvera pourtant "une formule extraordinaire" pour les relier et les souder, comme quoi les livres et leurs histoires sont des remèdes magiques à beaucoup de problème. Il faudra tout l'amour que Sarah porte aux livres pour se tourner vers les autres et apprendre à partager.

Pour moi, l'acteur principal de ce roman, est cette librairie, vieux local que possédait Amy, et que Sarah a décidé de remettre au goût du jour, choisissant de créer l'atmosphère d'un genre de "salon de thé - Librairie d'occasion" ... Au départ, c'est un jeu, une occupation, mais cela devient vite un travail à temps complet dans lequel Sarah s'épanouit, heureuse et contaminant tout le village et ses environs, c'est en cela que je pourrai le comparer succinctement  à l'excellent livre d'Agnès Desarthe et son " mangez-moi" ...

 Son amour des livres va la conduire à l'amour tout court, et d'autres protagonistes vont sentir aussi se réveiller leur pouvoir de séduction. Les portraits du petit groupe qui entourent Sarah, constituent une image de société bien représentées, et on se plait à les retrouver, sans être très originaux ou marquants, chacun apporte sa pierre à l'édifice de Sarah, et nous gratifie de belles actions, parfois pudiques ou de situations cocasses, le bourg de "Broken Wheel" se réveille ...

Je me suis sentie très investit par la tâche de Sarah, et cela m'a beaucoup rapproché du personnage. J'ai adoré la création de sa librairie et tous les passages où elle y choisit minutieusement et range méthodiquement les livres qu'elle va exposer pour la vente. Sarah, est un personnage assez fade et sans assurance en apparence, mais, elle est pleine de ressources, et s'éveille à la vie au fur et à mesure, je me suis identifiée à certains de ses gestes, de ses souhaits, de ses actes, j'y étais ! j'aurai aimé m'asseoir sur un des vieux fauteuils un peu bancal de cette librairie peinte en jaune d'or, et parler avec Sarah de certains auteurs qu'elle citent souvent et qui m'ont même donnés envie de les lire, je parle de Harper Lee, Marian Keyes, et surtout  Joyce Carol Oates que je ne connais pas, mais que l'auteur semble apprécier, (depuis  le roman " les chutes" est dans ma pal !) elle a également parlé de Paolini pour Eragon, un ouvrage de pure fantasy, et ça j'aime ...  C'est sans doute son histoire d'amour, un peu torturée, et ce mariage alambiqué qui m'aura fait passé à côté du coup de coeur, mais cette histoire est ...
... Un petit bonbon à déguster assise dans un coin de librairie !


lundi 18 mai 2015

Le château d'Eppstein - Alexandre Dumas

Présentation de l'éditeur ( le cabinet noir) - Fantastique

Dans cet impressionnant roman gothique, vous allez rencontrer : un adolescent oublié dans un sombre château au milieu d'une forêt allemande qui étouffe l'écho des guerres napoléoniennes ; une mère incomprise de son époux et qui, par-delà la mort, continue à guider son fils et à veiller sur sa solitude ; un père intrigant et haineux qu'on retrouve mort près de la sépulture de sa femme, la gorge prise dans la main d'un squelette qui sort de la tombe...
A lire absolument... Si vous n'avez pas peur du surnaturel.




Quel étonnement de voir que Mr Dumas a plus d'une flèche à son arc, et qu'il teste avec brio une nouvelle sensation littéraire, celle du fantastique, il faut dire qu'à cette époque, le comte Hoffmann ouvre la voie à ce genre littéraire avec ces contes, et le tout Paris en raffole dans les années 1820. C'est aussi l'époque de la naissance de la magie, des séances de spiritisme.. Il n'y a qu'un pas à franchir pour parler fantômes et revenants ! A priori, Dumas a déjà touché ce genre avec "le meneurs de loups" ou "les milles et un fantômes", le château d'Eppstein vient confirmer cet engouement et en est un bel exemple. Ce roman est paru d'abord en feuilleton, ce qui explique les chapitres courts et emprunts de suspens.

Ce roman est surtout en parfaite harmonie avec le ton romantique du moment, ici c'est l'affrontement des forces du bien et du mal, et les vivants luttent contre les souffrances des morts, d'ailleurs les vivants se comportent souvent comme des fantômes dans ce livre, ressassant des questions existentielles et déambulant à travers ce château comme l'ombre d'eux mêmes... Vous aurez compris qu'on touche ici des thèmes chers aux romantiques !

Le grand méchant de ce roman devient vite une sorte de héros de l'histoire et ses frasques quotidiennes alimentent notre attention, un vrai thriller romanesque avec une belle étude du comportement  à " l'ancienne". A travers l'histoire d'une famille, Dumas plante un décor bucolique et mélancolique, et je vous préviens tout ce qui va arriver n'est pas très gai ! dans cet endroit reculé, il dissèque les comportements et nous donne des précisions aussi bien sur l'histoire politique, qu'économique ou encore sociale de l'époque.
Les premières pages sont intrigantes, on y raconte que les comtesses de cette famille vivant au château et  y trépassant le soir de Noël, se voient ensuite porteuse d'une malédiction qui les rappellent à venir hanter les lieux mêmes ou elle sont mortes... bouhouhou !!! ça fait peur et c'est vrai que l'angoisse au début est bien maitrisée, mais je ne vous  cache pas que 250 pages seront largement suffisantes pour le sujet, d'autant qu'un quart y est vraiment consacré, car ensuite il est question de la vie des descendants dans le château et le fantastique s'évapore doucement pour laisser place aux atermoiements et souffrances des occupants du château.

Dumas nous décrit un panel de sentiments exacerbés auxquels nous, contemporains, on a un peu de mal à adhérer, car chacun se voile la face, personne n'ose s'affronter, les non dits s'installent, les discussions entre les protagonistes tournent en rond, des raisonnements alambiqués...Bref, il s'agit d'un autre temps...d'autres moeurs et la lectrice moderne le ressent très bien.

La plume de Dumas est moins aventurière ici, on est loin des 3 mousquetaires, elle est plus poétique, et descriptive des sentiments humains. C'est une belle romance aux teintes" d'amour impossible", ce qui peut finir par énerver, mais c'est aussi le charme de la veine romantique ! Un roman assez court qui se lit quasiment d'une seule traite, et qui finirait par nous faire aimer ses apparitions éphémères de fantômes plutôt bienveillants dans cette histoire.

Un déstockage de pal réussit en ce me concerne, une virée au pays du romantisme qui distille une atmosphère un peu lourde, mais aussi mélancolique et gothique ! A découvrir !





mardi 12 mai 2015

Que ta volonté soit faite - Maxime Chattam

Présentation de l'auteur ( Albin Michel) Thriller

Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis... S"il n'y avait Jon Petersen. Il est ce que l'humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin. Et là... sans doute réveillera-t-il l'envie de tuer qui sommeille en vous.


Waow ! encore une claque tout au long de ces lignes, et ces dernières pages qui vous assènent le coup de grâce … Mais celui-ci,  je ne l'ai pas vu venir car la conception du roman est assez différente de ces autres oeuvres. J'ai eu un peu de mal à reconnaître son style d'ailleurs, plus dans la psychologie que dans les événements s'enchainant tambour battant, une autre perspective qui m'a vraiment fait penser à du "Stephen King", il a su comme lui, dépouillé un personnage de ces défauts, de ces haines et rancoeurs et nous le présenter comme un être simple, a qui on pourrait donner "le bon dieu sans confession" et qui pourtant cache tant de misère, ce Jon Petersen nous fait vibrer de vengeance et de haine parfois à notre insu … Ahhh ! On lui tordrait bien le coup à cet odieux personnage, et l'auteur nous fait ressentir une culpabilité bien maitrisée juqu'au bout !

Il faut dire que la vie quotidienne dans ce petit bourg caricaturé de personnages surprenants, retient tout de suite l'attention, on découvre une Amérique ancrée dans le passé, loin de la modernité, ce village semble être le dernier retranchement de communautés divisées par la religion, les destins de certaines vies vont basculer et c'est avec horreur que l'on découvre les bassesses de l'âme humaine acculée à la violence pour satisfaire ses caprices. 
Elevé par une famille dure et renfrognée, Jon Petersen a tout pour devenir le bouc émissaire du village, mais sa passivité va cacher peu à peu un malaise qui le rendra violent et fort, alimenté par la malédiction de sa naissance. Avec ce personnage, là encore M. Chattam nous dévoile une facette du mal, concept ou il excelle, ne cessant de trouver des applications et des démonstrations à l'accomplissement de la folie chez l'homme… Le livre nous apprend avec bonheur que ce mal n'est pas héréditaire car la descendance de Jon, Riley, semble être un garçon assez normal évoluant avec le poids de son passé, mais sans violence apparente... Le livre nous apprend également que le Mal a plusieurs formes, et Peterson n'est pas le seul à cacher des actes horribles, l'ingéniosité de Chattam contribue à nous perdre dans les chemins de l'horreur et nous passons de supplice en supplice, changeant d'acteurs et de frissons !

J'ai aimé sa plume encore une fois loquace, précise et simple, elle nous fait bondir d'indignation et nous mouille les yeux parfois, car pour contrebalancer le mal en la personne de Jon, l'auteur nous met en face le bon coeur du shérif Jarvis qui montre sa part d'humanité, la plus belle sans doute, dans ce roman, celle qui nous aimons, qui n'agit pas toujours, mais qui finit par vaincre la noirceur des ténèbres et nous prend aux tripes … 

La religion a une place très importante dans ce récit, comme je le disais plus faut, la sobriété et la vétusté des âmes du coin redonnent vie aux traditions anciennes, la religion divise les gens et fait régner la terreur, quel paradoxe ! Heureusement, les gardiens des deux églises montrent plus de compassion pour leurs ouailles que celles-ci entre elles ... Accentuant le tout, les secrets familiaux dorment et renaissent créant l'enlisement de certains, les familles riches écrasent les pauvres…Bref, le décor ainsi planté apportera facilement la touche réaliste et sombre à cette de l'histoire. 

C'est désarmant pour la lectrice que je suis, de s'être laissée emporter par cette histoire aussi violente, j'ai aimé m'y perdre pourtant, hypnotisée dans l'attente de l'incroyable ! Que va nous pondre encore cet auteur, n' a-t-il pas déjà exploité tous les coins et recoins de la psychologie humaine, celle de la folie, celle qui nous rend malade ! Eh bien non ! .... et le dénouement surprenant est un témoignage magistral de notre travail sur ce livre car Maxime Chattam nous prend à témoin de l'absurdité humaine et de la violence qui entraine la violence... Qui sommes-nous pour juger quelqu'un que nous aurions aimé nous-même zigouiller ! ou encore, jusqu'où peut-on laisser aller l'horreur avant de crier justice ! Ces considérations sont complexes et nous renvoient à notre conscience, mais de toutes les façons et malgré le côté obscure de la réflexion, j'ai trouvé bon de se sentir exister à travers un livre …


jeudi 30 avril 2015

L'héritage des rois passeurs - Manon Fargetton

Présentation de l'éditeur (Bragelonne) Fantasy

La dernière héritière d'une lignée royale doit fuir notre monde et retourner dans celui de ses ancêtres pour échapper aux hommes qui veulent l'éliminer. Là-bas, une princesse rebelle rentre chez elle pour prendre ce qui lui est dû : le trône d'Ombre. Voici l'histoire de deux femmes, de deux mondes imbriqués, de deux retours simultanés qui bouleverseront une fois de plus le destin tortueux du royaume d'Ombre. Coïncidence, ou rencontre orchestrée de longue date ?

Un grand Merci à Bragelonne et à Bookenstock pour ce partenariat. 

L'intrigue démarre tambour battant, nous sommes plongés dans l'histoire sans attendre, on découvre avec stupeur un premier carnage qui touche notre héroïne Enora, le jour de son anniversaire. Elle découvre l'horreur ce jour là et un pouvoir qui la dépasse, fuyant ces assassins, elle se projette sans trop savoir ni comment ni pourquoi dans un monde parallèle : le royaume d'ombre… Dans cet univers nouveau, on fait très vite connaissance de son homologue en quelque sorte, Raven, une autre jeune femme guerrière dans l'âme et princesse dans la réalité de son monde, elle va devoir reprendre sa vie en main et gérer le pouvoir que sa mère mourante vient de lui laisser à la tête du royaume…. Tous les ingrédients sont donc là pour permettre aux complots de se multiplier, et de bâtir de fortes histoires de vengeance … Ces événements vont mettre nos deux jeunes femmes en état d'alerte constant, les perdre parfois dans leurs sentiments et les aider à tracer leur destin… C'est une aventure humaine, où l'amitié et l'amour côtoient les combats et la magie, une magie "stagnante" chez nos jeunes "Riviens" qui va vite évoluer et prendre toute son ampleur …Je vous laisse le découvrir … 

Comme, je le disais au début, les premières pages installent tout de suite l'envie d'en savoir plus, le ton est donné, c'est moderne, vif, et sans temps mort, on est donc embarqué tout comme Enora, Julian et Charly dans un monde ancien, magique, remplies de bêtes inféodées comme les dragons ou des vouivres, répugnantes bestioles mais qui incarnent parfaitement ces mondes imaginaires auxquelles Manon arrive à donner beaucoup de crédibilité. La construction du roman nous entraîne toujours vers l'action, alternant quelques explications sous forme de "fragments", des chroniques de l'ancien monde et du nouveau, et nous donnant avec parcimonie des informations sur le royaume d'ombre et son implication dans celui de Rive. 
La fin est un peu rapide avec beaucoup d'informations qui arrivent en masse, l'auteur semble avoir voulu répondre à toutes nos interrogations latentes sur les personnages avant de clôturer ce one-shot. Une aventure qui se termine de façon déconcertante, loin de ce qu'on aurait pu imaginer, et ça, par contre, ce n'est pas pour me déplaire… 

Manon a su développer des personnages attachants, un peu stéréotypés peut-être et parfois manquants un peu de nuances, mais ils contribuent à donner de la modernité à l'histoire, ils sont très actuels et arrivent avec leurs défauts, leurs secrets, leur courage, leur jeunesse. Les deux "équipes" qui se forment et qui sont issues des deux mondes miroirs Rive et Ombre sont aussi passionnantes à suivre. Ils évoquent avec justesse certains travers de notre société comme l' alcoolisme, et évoquent des faits de société avec l'homosexualité ou encore la question du mariage… On s'y retrouve parfaitement, et cela nous rapproche d'autant de ces personnages.

La fantasy se renouvelle avec une inspiration originale, les mondes miroirs d'une part et pleins d'autres petites inventions surprenantes comme les Noirs-portraits ! Le passage entre les mondes est possible sans trop d'artifice, une simplicité qui aurait peut-être pu être un peu plus fouillée à mon goût, tout comme certains aspects de la magie …
Une plume efficace, fine et précise avec des chapitres courts qui détachent bien les actions importantes de chaque groupe de personnages, et comme un effet "travelling", on passe d'une situation à une autre avec facilité. Les descriptions suffisantes et parfois très poétiques nous aide à construire l'imaginaire de ce royaume et l'atmosphère se crée au fur et à mesure de la lecture, faisant ressortir des ambiances au goût de vengeance, ou d'injustice ou de souffrance ... La langue parlée en Ombre est excellente, l'auteur inventent et signent des mots ou des expressions qui sont tout de suite compréhensibles et qui nous font sourire de par leur évidence… 

Un bel écrin avec une belle couverture, et une dédicace délicate. En fantasy, ce livre est plein de dualité qui donne corps et ampleur à l'histoire. Ce monde sous nos pieds interpelle ..... et je regarde l'herbe sous mes pieds, en espérant avoir le don de "passeur"...  hélas non ! Rien ne vient, le sol de mon jardin reste bien ferme et aucune transparence ne s'y révéle ... A découvrir ...





lundi 27 avril 2015

Les pilleurs d'âmes - Laurent Whale

Présentation de l'éditeur (Hélios) - Science-fiction

1666...
« Les grosses balles de plomb claquent sur le bois de la chaloupe. Je prends conscience que j'ai de l'eau jusqu'aux chevilles.
Peu importe : c'est un voyage à sens unique.
Plonger, tirer, plonger, tirer...
Un choc sourd. Nous avons touché.
— Lancez les grappins ! À l'abordage ! »
Suivez les pas de Yoran LE GOFF dans ce trépidant roman d'aventures où espionnage intergalactique se mêle à la flibuste du XVIIè siècle, et à ses marins gouailleurs !


Je referme déjà ce livre ... Quel beau voyage ! ... Perdue aux antipodes de deux civilisations, je reviens doucement dans la réalité, je reprends doucement le chemin de mon quotidien. Une expérience livresque passionnante à travers ce livre, et d'une grande originalité, c'est un beau pari que Laurent Whale a réussi, le tout souligné d'une écriture enflammée qui nous font revivre la monstruosité et le quotidien des pirates du XVII, en y insinuant des engins et des technologies du futur lointain. Flibusterie et science-fiction ...Délirant, pas gagné d'avance ! et pourtant très crédible sous la plume de l'auteur...

Il faut bien dire que la mise en place est fastidieuse car on ne comprend pas tout de suite dans quel genre d'histoire on est embarqué. Le monde futuriste est à peine développé et les complots politiques dont on parle reste très flous. Mais le sujet de ce tome réside autre part, on comprend assez tard dans le livre que certains cartels du futur n'ont rien trouvé de mieux que d'enquêter et d'espionner dans leur passé pour trouver et recruter des guerriers forts, courageux et honorables, les emmener dans leur futur afin qu'ils combattent et enseignent leurs techniques ancestrales aux générations du futur, et qu'ils les aident à étendre leur domination, quelle idée ! quel paradoxe !  fallait y penser ! D'autant que vous vous en doutez l'ennemi des cartels contre attaque, en envoyant de son côté un meurtrier qui devra se débarrasser de ces guerriers, avant leur recrutement .... Cela donne une histoire tout à fait captivante, et mêle habilement les deux univers.

Le style est simple et précis, les descriptions accompagnent parfaitement l'action. L'auteur nous embarque avec l'emploi du "Je", et on vit l'action au présent aux côtés des personnages principaux, mais attention le "Je" n'est pas toujours la même personne, et cela peut-être perturbant... Perturbant aussi la gestion des actions dans l'espace temporel, car on est parfois projeté dans le temps en un changement de phrase et il faut être concentré pour savoir avec qui on est de nouveau… C'est le petit bémol de ce roman !

Mais tout cela n'est pas grand chose à côté de la qualité des passages concernant l'univers de l'olonnois, en effet, les parties du récit retraçant les combats, la vie quotidienne des marins m'a enchanté. Ces loups de mer, malgré leur violence quotidienne, m'ont tenu en haleine par leur exploits et leur courage, voir leur crédulité parfois... Je sais de source sûre (de Mr Whale lui-même) que ces recherches ont été énormes sur le sujet, jusqu'à prendre la mer sur un vieux gréement, et ça se sent, la véracité des faits concernant notre flibustier et sa galerie de figures légendaires comme Oexmelin ne sont pas à mettre en doute, il nous propose son histoire qui vient rejoindre la grande Histoire. Et c'est un bonheur à lire, malgré des scènes un peu dures...tortures et compagnie...Très bien documenté, et réaliste à souhait, cela donne encore plus d'envergure à ces hommes rustres et à leurs aventures.
On remarquera le lexique très à propos à la fin de l'ouvrage, on y découvre des termes propres au domaine de la flibusterie, très instructif.
Un roman a découvrir pour son originalité. L'auteur a bien maitrisé les deux univers radicalement différents, et les a imbriqué en créant une aventure passionnante !  

La minute DICO du héros de l'histoire :
...D'origine française, né aux Sables d'olonne (Très interpellée, car je réside tout près des Sables d'Olonne) vers 1630, François l'Olonnais commit ses principaux actes de piraterie en compagnie de Michel le Basque. Après avoir fait naufrage en 1669 sur la côte de Darien, au Panama, il est capturé puis est haché, rôti et mangé par des Indiens cannibales. 


Laurent Whale, rencontré et congratulé sur le salon des Imajinères, auteur extrêmement sympathique ( je vous rassure sa tenue tient compte du thème western cette année ! ) avec qui j'ai pu parler largement de ce livre et de sa suite éventuelle ... Il  a su me convaincre avec Good bye Billy, un thriller plus adapté à mes attentes, je suis repartie avec ... le livre, pas l'auteur, bien sûr ... Il me tarde de me plonger dans cette nouvelle aventure au pays des carabines et des Winchesters !





mardi 21 avril 2015

Le voyage de Robey Childs - Robert Olmstead

Présentation de l'éditeur ( Gallmeister) - Histoires de vie
Traduction : François Happe

Un matin de 1863, la mère de Robey Childs s'éveille bouleversée par un songe. Un grand danger planerait sur son mari, soldat de la guerre de Sécession. Elle envoie alors Robey, son unique enfant, âgé de quatorze ans, sur les traces de son père avec pour seule arme une veste réversible aux couleurs des uniformes de chacune des deux armées. Commence alors pour Robey un voyage qui bouleversera sa vie. Monté sur un cheval noir hors du commun, cadeau providentiel d'un de ses voisins, il traversera un pays en ruines, découvrant sur sa route la véritable nature des hommes.

Un livre qui est tombé dans ma PAL tout à fait par hasard. En farfouillant dans une librairie lors de mon séjour éclair à Paris, j'entendais sans vraiment y prêter attention, la conversation d'un des vendeurs qui racontait à un autre, ses dernières lectures… C'est alors qu'il s'est mis à parler de ce livre… Complètement charmé par les prémices de cette histoire,  j'ai tendu l'oreille plus franchement, et me suis empressée de lui demander le titre et l'auteur de ce roman afin d'en lire au plus vite le contenu.

Un éditeur et un auteur que je ne connais pas, et qui semble l'un comme l'autre être habitué aux romans sur les grands espaces américains. Ici, la méchante héroïne c'est la guerre de sécession en Pennsylvannie dans les années 1863 à travers laquelle, un jeune garçon va tenter une quête extravagante, bien expliquée sur la 4ème de couverture… Et de découverte en découverte, je me suis aperçue que j'avais mis la main sur un ouvrage de grande qualité littéraire et de réflexion tenace sur "la vie"et pourtant, on ne parle, quasiment que de "la mort" dans ce livre, quel paradoxe ! 

Peu habituée à vous livrer le détail de l'histoire, je ne le ferai pas moins plus ici ! Le préambule en parle très bien, je trouve juste que le concept de départ est quelque peu inhumain, comment une mère aimante et attentionnée peut-elle envoyer son garçon de 14 ans, seul, obligé de traverser un pays en guerre, à feux et à sang, pour retrouver son père, quelque part sur le front … Quel voyage pour un enfant ! Robey, en bon petit soldat part sans rechigner, son fardeau et son bardat sur l'épaule ! Comment peut-il retrouver son père avec si peu d'informations, au beau milieu de nulle part ! et pourtant la magie du romancier opère et vous verrez que cette croisade vaillante et émouvante à de quoi surprendre du début jusqu'à la fin. L'auteur nous emmène dans le coeur de la guerre, et là c'est une autre planète, une terre peuplée de monstres impitoyables en tout genre, le genre humain sera vu et analysé en toute franchise, et rien ne nous sera épargné, l'intensité qui se dégage de ce parcours m'a coupé la respiration,  parfois d'horreur, parfois d'injustice. Mais on ne peut rester insensible à ce parcours.

Robey, ce jeune garçon fascinant va donc découvrir à travers ses pérégrinations, les différentes facettes de l'humanité. A la fois tendre et cruel, certaines rencontres vont l'aider à se forger un caractère, à se méfier et à faire des choix … Je disais fascinant, car malgré la dureté des épreuves, Robey qui vit des situations périlleuses, glisse comme un pantin dans ses décors magnifiques, du moins au départ, car l'enfant s'enfonce bientôt dans les paysages ruinés par la guerre de sécession, tout comme il s'enfonce dans des questionnements sur son quotidien, une vraie mélasse de sentiments qui le laisseront passif devant certains événements et violents à l'extrême dans d'autres. Une ambiance morose par intermittence mais qui sape assez le moral, il faut le dire, tout est vu à travers un oeil noir, et seule la fin nous délivre quelques moments de bonheur, mais qui reste toujours voilé d'un certain scepticisme... 

Toutes ces impressions sont rendues par un style d'écriture très imagé, pas de grandes envolées lyriques, mais de la puissance dans les visions que nous suggèrent l'auteur, on se demande même comment cet enfant arrive à garder la tête sur les épaules avec ce qu'il vit et voit de ses yeux. Ce détachement est surprenant, mais cela lui permet de survivre certainement. Robey, qui pataugent dans une souffrance très solitaire, ne nous renseigne pas ce qu'il ressent au fond, le narrateur de l'histoire n'étant pas notre jeune aventurier… à cause de cela, j'ai eu du mal à m'attacher réellement au personnage, je ne pourrai même pas vous dire à quoi, il ressemble, par exemple, je n'ai pas pu mettre un regard, un visage sur ce garçon ! Il incarne ainsi toute une génération de ses fils de guerre.

Comme une longue quête, l'histoire est un tapis sans intrigue mais tissé à la main et qui nous entraine d'épisodes en épisodes au fil des sentiments et de la volonté de Robey … La notion du temps n'est pas toujours bien rendue, les trajets et les déplacements sont parfois sabrés, parfois interminables, on a alors du mal à voir l'évolution dans le temps du personnage et des événements, mais cela ne remet pas en question tous les sentiments qui vous traversent, et la véracité des faits historiques renforcent encore ce phénomène. 

Un roman qui reste en mémoire par la violence et la souffrance qui s'en dégage. 
Il faut bien choisir son moment pour lire ce livre et le savourer à sa juste valeur.
Une expérience émouvante ! A découvrir.